Riquart Blaevoet et Héribert de Wulveringhem
Un article de Ghezibde: le wiki des Flandres occidentales et des Ardennes.
extrait de Biographie des HOMMES REMARQUABLES de la Flandre Occidentale, Tome III, pages 57 et suivantes
"Tout au commencement du XIIIème siècle, la ville et la châtellenie de Furnes devinrent le théâtre de querelles sanglantes entre deux factions, que l'histoire désigne sous les noms de Blavotins et Isangrins. Les premiers avaient pour chef Riquard Blavoet et Héribert seigneur de Wulveringhem. Les chroniques nous représentent Riquard et son intrépide compagnon comme les protecteurs du peuple contre les exactions de la veuve de Philippe d'Alsace, et en même temps comme des sujets rebelles et coupables. Il serait impossible de bien juger ces hommes courageux qui jouaient un rôle aussi populaire et qui osaient braver la puissance de leurs souverains, avant d'avoir examiné attentivement la cause qu'ils ont défendue avec tant d'audace.
Pour peu que l'on puisse avoir foi dans l'influence que continue d'exercer sur le langage et le dialecte d'un pays, lorigine de ses premiers habitants, les Saxons ont peuplé presque totalement la contrée assi loin que s'étend la Flandre Occidentale et l'idiôme qui est particulier à cette province.
Lorsque les Francs ont fondé leur immense empire, ils avaient, aussi bien que tous les autres peuples envahisseurs, la coutume de se considérer comme une classe d'hommes privilégiée et de ne traiter comme libres et nobles que ceux qui avaient partagé leur triomphe. Le nom que portaient ces fameux conquérants devint ainsi par la suite des temps synonyme de libre: franc et libre, vry en vrank. Car appartenir à la nation des Francs et être libre était d'après leur manière de voir la même chose. Les Francs ont naturellement dû s'obstiner à voir dans les Saxonsqu'ils ont trouvé dans la Flandre, une nation réduite en servitude par le droit de la guerre. N'est-ce pas ainsi qu'avaient agi les conquérants qui les ont précédés et que se sont conduits plus tard les Normands en Angleterre ?. De là peut-être ces jugements contradictoires sur la condition des personnes, libres aux yeux des uns et serfs de la glèbe selon les prétentions des autres. Nous en avons un exemple dans la famille de Bertulf, sous le comte Charles-le-Bon. Cette opinion, quelque hasardée qu'elle puisse paraître, présente la solution raisonnable d'une foule d'énigmes historiques du moyen-âge.
Les premiers Flamands étaient employés à la culture des terres et ces braves savaient au besoin échanger la bêche et la charrue contre le scharm-sax ou la colve. Ils étaient du même sang que cette nation fière et indomptable qui a préféré se faire exterminer par la terrible main de fer de Charlemagne, que de se laisser réduire en esclavage.
Les Saxons de la Flandre étaient moins favorablement placés pour courrir les chances de la guerre; mais ils n'en souffraient pas moins impatiemment le joug de la servitude; ils conspiraient contre l'oppression; les Ghildes, pendant des siècles, déployaient dans ces luttes pour la cause de la liberté et de l'affranchissement des serfs, le courage du désespoir et une persévérance sans égale (Caapitul. reg. Franc. T. I, p. 775. De conjurationibus sevorum in Flandris).
Nos Blavotins semblent avoir été les successeurs des pauvres karls saxons et ils avaient pris le surnom de Pieds-Bleus, Blaevoeten, sans doute à cause de leur modeste chaussure (Homines secundum consuetudinem furnensis pagi liberi mediocriter locupletes. Meyeri ann.). A leurs cruels oppresseurs, ils donnaient par opposition le sobriquet de Isengrims, visages ou casques de fer, et peut-être aussi celui de Pieds-d'or, qui leur sont communs avec le loup de la Saga, le Gullfot, des Suédois et des Danois. ces noms nous rappellent en effet l'armure et les éperons des riches et des grands.
On dirait que les Blaevoeten se sont plûs à établir une comparaison entr'eux et le personnage fabuleux du Renard, si populaire en Flandre. G.Guiare, qui assista à la bataillede mons en Puelle, fait allusion à ces idées conservées parmi le peuple, dans les vers suivants:
Lors requist paix la gent renarde
D'Ipres, de Gand et d'Audenarde (1)
Les plus anciennes traces connues de Blavotins et du pouvoir qu'ils avaient acquis, remontent à la première moitié du XIème siècle. Lambert d'Ardres atteste qu'Herred, surnommé Craugroc, un Karl de Furnes, devenu seigneur de Guines, avait parmi ses parents et ses amis des hommes hardis et puissants qui osaient se déclarer hautement les chefs et les fauteurs des Blavotins (2). Guillaume-le-Breton qualifie avec raison les rivalités des Blavotins et des Isengrims de vieilles querelles, rixa vetusta, veteres pugnas (3).
C'est aux Blavotins que nous devons les premières lois de Furnes, et la plus ancienne keure écrite de toute la Flandre; elle fut adoptée en 1109, par gertrude, veuve de Robert le Frison, lorsqu'elle possédait la châtellenie de Furnes à titre de douaire. dans les vieilles chroniques qui font mention de cet évènement, nous lisons que les Blavotins et les Ingrekins, c'est-à -dire les Isengrims, car les deux dénominations étaient souvent confondues, étaient en cette années ameés à faire la paix (4).
On ne voit pas que les partis aient été réconciliés pour longtemps; ils se sont montrés avec une nouvelle fureur vers l'année 1144 pour ensanglanter les environs de Furnes, de Bergues-Saint-Winoc, d'Ypres et de Bruges.
Pendant plusieurs années, dit Iperius, les territoires de Furnes et de Bergues où étaient situés les biens de l'église de St-Bertin, furent désolés par les combats désastreux des Blavotins et de Isengrims.
Le pays de Furnes est constamment désigné comme étanr le principal foyer de ces discordes civiles.C'est de Furnes que sont sortis les Erembald, les Lambert, les Bertulf et plusieurs de leurs complices qui ont trempé dans la conspiration contre le malheureux comte Charles.
D'après l'abbé Egide, "les dissentions des Blavotins et des Isengrims troublaient une partie de la Hollande, de la Zélande et de la Flandre.Ils se faisaient une guerre si atroce, que ni roi, ni comte, ni baron ne put les apaiser. D'un côté se trouvait la majeure partie de la noblesse; les Blavotins résidaient autour de la paroisse de Keyem (Voir carte), " sur les bords de l'Isère, à une petite distance de Pervyse voir carte et de la demeure de Riquard Blavoet.
Le chantre de Philippe-Auguste décrit ainsi les lieux habités par les factions. " Partie de Gravelines, la flotte sillonant les flots de la mer, parcourt successivement les lieux où elle ronge les rivages blanchâtres des Blavotins, ceux où la Flandre se plonge en plaines marécageuses, ceux où Isengrin, puissant à la guerre, armé de son glaive et de sa lance, parcourt la terre, combattant sans cesse, et ceux encore où les habitants de Furnes, par une exception remarquable, labourent les champs voisins de la mer (1). ".
Nous avons dû nous arrêter à ces détails, parce que l'origine des Blavotins et leurs tendances politiques ne sont pas assez connues. Nous arrivons maintenant qui ont illustré nos deux compatriotes.
(...)

