Paradoxe, concepts et idées fausses

Un article de Ghezibde: le wiki des Flandres occidentales et des Ardennes.

NOS ANCÊTRES, CONCEPTS, IDÉES FAUSSES ET UN PARADOXE. par Brian Pears
Cet article a été écrit en 1985 principalement pour les lecteurs BRITANNIQUES.
À cette époque, l'évêque de Durham, David Jenkins, provoquait une grande polémique en remettant en cause certaines croyances chrétiennes de base - et ainsi les références de ces prédecesseurs. Le Prince Andrew était également dans l'actualité en raison de son "amitié" avec une jeune dame appelée Koo Stark - mais personne n'a noté la plaisanterie même alors.


Ne vous êtes vous jamais demandé quel rôle ont joué vos ancêtres éloignés dans les évenements racontés dans les livres d'histoire ?
Moi, fréquemment.
En fait, il m'est presque impossible de prendre connaissances de faits historiques sans faire de telles spéculations.
Un des mes ancêtres a-t-il patrouillé sur le mur d'Hadrien ou scruté la mer du nord en vue d'une approche de Vikings ou encore combattu les Normands ou est-il mort de la peste ?
Naturellement, il est peu probable que ces aïeux, même identifiés, aient eu l'idée de documenter ces épisodes particuliers de leurs vies, mais il est toujours amusant de spéculer.

Il y a ceux qui revendiquent des généalogies qui remontent à la conquête normande ou avant, souvent à partir d'affirmations fragiles, mais je suis toujours très sceptique face à de telles revendications. La lignée mâle, celle qui presque toujours tracée, est nécessairement la moins la sûre. Une seule infidélité de la part de l'épouse de n'importe quel membre de cette lignée et la lignée entière peut être remise en cause. Il y a toujours place pour le doute au sujet de l'identité d'un père; jamais, ou quasiment jamais, au sujet de la mère. La lignée mâle, qui contient la plupart des pères, est donc nécessairement la moins sûre. Et plus généralement, dans toute lignée, plus il y a d'hommes, moins il y a de certitudes. Même nos propres maigres efforts, enjambant tout juste une poignée de générations, doivent être regardés avec une certaine précaution. Il ne suffit pas d'un acte d'Etat Civil, obtenu parfois à grands frais (St Catherine's House pour les anglais) et qui déclare que l'arrière-arrière grand-père était comme-çi et comme-çà pour qu'il le fut vraiment. L'arrière-arrière grand-père pourrait tout aussi bien être le facteur proverbial.
Seule l'arrière-arrière grand-mère le saurait - et elle ne dirait pas, si ? De telles incertitudes et le risque de la simple erreur, s'accroîssent avec chaque génération supplémentaire; alors quelle valeur donner à une descendance prétendue de tel chevalier Normand ou tel comte Saxon ? Ce seraient des vérités intangibles peut-être, mais nous pouvons être sûrs que, y compris les généalogies royales attestées et abondamment publiées, ne contiennent pas une "erreur" ou deux ici ou là.

À partir d'ici, je suspecte que beaucoup de lecteurs regarderont plutôt attentivement la photographie de leur père sur le buffet, alors je ferais peut-être mieux de changer de sujet rapidement !
Supposez que vous puissiez tracer votre ascendance jusqu'à une personne qui a vécu, disons, il y a mille ans (un noble évidemment n'est-ce pas ?). Et alors ? Et bien, vous pourriez dire, que le "sang" de cette personne a contribué dans une certaine proportion au vôtre; une partie, même une toute petite partie, de votre apparence physique peut-être même de votre caractère doit venir de lui. Si vous aimez un peu les mathématiques, vous pourriez même aller jusqu'à penser que vous sauriez calculer exactement quelle est cette proportion. Mais vous ne pourriez pas !
Un tel calcul ne peut être fait d'aucune manière. La contribution de cet aïeul à vous-même pourrait tout aussi bien être absolument néante.

"Non-sens", me direz-vous, mais c'est vrai. Prenons un exemple beaucoup plus proche. Quelle proportion de votre apparence physique, de vos gènes pour être plus scientifiques, est venue, disons, de votre grand-mère paternelle ?
C'est facile, un quart naturellement ... Faux ! vous ne pouvez pas le savoir.
Tout que vous pouvez dire avec certitude est qu'une moitié de vos gènes vous vient de chacun de vos parents.
Naturellement, ils ont eux aussi reçu chacun une moitié de leurs gènes de leurs parents .... mais le fait est que vos parents mélangent les gènes dont ils ont hérités avant de vous les transmettre !
Supposez que les parents de votre père (vos grands parents paternels) aient eu les gènes ABCD et EFGH et ceux de votre mère (vos grand-parents maternels) aient eu les gènes IJKL et MNOP (nous avons en réalité des dizaines de milliers de gènes, pas simplement quatre). Votre père pourrait alors avoir les gènes AFCH et votre mère IJOP, et vous pourriez alors hériter d'IJCH. Chacun a hérité de la moitié les gènes de ses parents, mais regardez bien d'où vos gènes sont venus: un de vos grand-parents n'a pas contribué du tout.

Dans la pratique, il est extrêmement peu probable qu'un ancêtre aussi rapproché qu'un grand-parent ne vous ait transmis aucun de ses dizaines de milliers de gènes, mais vous ne pouvez certainement pas prétendre que chaque grand-parent vous en a fourni un quart. Il y a en réalité aucune façon de connaître leur contribution respective. Ainsi si jamais vous entendez quelqu'un dire "je suis un quart Tahitien et trois quarts Esquimau", vous pouvez répondre "qui te l'a dit ?". À chaque génération supplémentaire, la probabilité d'une contribution nulle d'un quelconque de vos ancêtre grandit et l'incertitude avec. D'une autre façon cependant, il y a quelque chose que nous devons à chacun de nos ancêtres dans la même mesure: notre existence même. Parce que s'il l'un d'eux avait manqué, nous ne serions pas ici.

Penser à nos ancêtres dans un passé éloigné soulève la question des nombres. Remontons à l'époque où l'évêque de Cambrai acquiert les droits comtaux sur le Cambrèsis en 1007, il y a 900 ans environ. Combien de nos ancêtres vivaient à ce moment précis ? C'est un calcul simple ! Nous avons deux parents, quatre grand-parents, huit arrière-grand-parents et ainsi de suite. Le nombre double à chaque génération. Mais combien de générations vont s'intercaler entre aujourd'hui et cet évènement d'il y a 900 ans ? Quelle sera la durée de chaque une génération ? Je ne peux que prendre une valeur moyenne et, en l'absence de chiffres officiels, j'utiliserai les données connues de 60 de mes propres ancêtres. Mon "ancêtre moyen" est né de parents âgés de 30.4 ans, disons 30 ans. Nous pouvons donc conclure qu'environ 30 générations ont passé depuis l'évêque de Cambrai (30 générations x 30 ans = 900 ans environ). Alors combien chacun d'entre nous aura d'ancêtres en 1007 ? Vous ne le croirez pas mais, si vous commencez par une personne (vous) et que vous doublez 30 fois, vous obtenez le chiffre effarant de 1.073.741.824 ancêtres (1 milliard 73 millions 741 mille et 824) !
Mille millions ! J'ai dit que vous ne le croiriez pas, et je dois admettre qu'il y a un certain problème avec ce chiffre.
Bien que la population de notre région à ce moment-là ne soit pas connue avec précision, on a estimée la population française a 1.5 à 2.5 millions environ, et celle de notre planète entière à plutôt moins de 100 millions d'âmes. Alors où sont nos ancêtres absents ? Mais peut-être suis-je trop ambitieux ?. Reculons jusqu'en 1415 au moment de la bataille d'Azincourt, cela fait environ 600 ans et donc 20 générations.
Ce calcul donne-t-il des chiffres plus crédibles ? Oui, mais à peine. Il semble que, il y a 20 générations, nous arrivions 1.048.576 ancêtres. A cette époque, on estime que la population nationale à environ quatre millions d'habitants. Cela fait assez de monde, mais puis-je vraiment croire qu'alors un quart de la population totale du pays étaient mes ancêtres ? Naturellement non. Si je le croyais, je devrais aussi admettre aussi que, moins de deux génération plus tôt, chaque citoyen du royaume de France était mon ancêtre !

Je me doute bien que la plupart d'entre vous croit avoir la solution à ce paradoxe ? Vous vous direz probablement quelque chose comme "des personnes marient des parents de temps en temps et la progéniture de ces couples aura moins d'ancêtres que le doublement ne le suggérerait. Chacun a des mariages consanguins dans son ascendance et leur effet cumulatif doit réduire considérablement le nombre prévu d'ancêtres".
En réalité, ceci est l'explication habituellement donnée, mais résout-elle vraiment le problème ?
Elle le ferait si nous suivions la pratique des pharaons qui ont habituellement épousé leurs soeurs (ce qui devait résoudre le problème évoqué en introduction: même si leurs épouses étaient infidèles, "le sang royal" était encore transmis). Si chacun épousait un frère ou une soeur, alors le nombre d'ancêtres dans chaque génération serait deux exactement. Le problème serait également résolu si chacun épousait un cousin germain, parce que alors le nombre d'ancêtres n'augmenterait que de deux à chaque génération au lieu de doubler (60 ancêtres il y a 30 générations). Mais si nous parlons de mariages plus éloignés que des mariages de cousins germains à chaque génération, alors le paradoxe est loin d'être résolu !

Je suis certain que l'incrédulité vous gagne à nouveau.
Vous vous dites que l'effet des mariages entre petits cousins (cousins sous-germains) ne peut pas être fortement différent des mariages de cousins germains.
Et pourtant, il l'est. Si les partenaires de chaque mariage des cousins sous-germains, alors, il y a 30 générations nous aurions besoin d'exactement de 4.356.616 ancêtres. Incroyable n'est-ce-pas ? Même si tous les partenaires de mariage, dans chaque génération, étaient des cousins sous-germains, alors nous n'aurions pas assez de population autour de nous pour être nos ancêtres il y a seulement 30 générations. Les mariages entre des cousins sous-sous germains et sous-sous-sous germains ont de moins en moins d'effet sur le nombre d'ancêtres. En fait, l'effet est si faible quand nous atteignions des mariages entre arrière-arrières-arrières petits cousins que nous pourrions aussi bien les considérer comme entre partenaires sans parenté.

Retour à la réalité. Dans nos pays, la proportion de mariages entre cousins germains est d'environ six pour mille et la proportion de mariages entre entre cousins sous germains est d'environ un pour mille. L'effet de ces proportions de mariages entre cousins sur le nombre d'ancêtres est absolument négligeable (1.031.082 ancêtres il y a 20 générations au lieu des 1.048.576 obtenus par le procédé doublant). Peut-être les mariages de cousins étaient plus communs dans le passé. Une fois de plus je regarderai un cas extrême. Si dans chaque dix mariages, on avait un mariage entre les cousins germains et dans les neuf restants entre les cousins sous-germains, nous manquerions d'ancêtres à moins de 30 générations (chiffre pour 30 générations: 2,910,160). Naturellement, personne n'avancerait de telles proportions de mariages entre cousins germains et sous germains. Alors les mariages entre parents (implexe des ancêtres) résolvent-ils le paradoxe ? Décidément pas.

Quelle est l'alternative ? Et bien, j'ai bien peur que nous sommes contraints à une conclusion apparemment absurde, que j'évoquais plus haut et que j'ai rejeté. Avec toutes les proportions croyables de mariages entre des parents de divers degrés, le nombre d'ancêtres dans n'importe quelle génération sera peu différent de celui obtenu par doublement. Alors, chacun de nous doit necéssairement descendre de pratiquement la population entière du pays dans un passé pas trop éloigné. J'estimerais qu'il pourrait être aussi récent que 1300, il y a juste 23 générations. Je préfère répeter cela, ne serait-ce que pour me convraincre moi-même. Nous, tous et chacun de nous, devons descendre de presque de chaque personne vivant sur cette île en 1300 (mais probablement pas de l'évêque de Durham qui, de manière prévisible, avait un empechement, cette fois avec son "couvent"). Dans les générations encore plus anciennes, à peu près chaque personne serait notre ancêtre aussi, mais la plupart seraient à l'origine non pas d'une mais de nombreuses lignées de descendance jusqu'à à chacun de nous.

Sûrement, tout cela est un peu fantaisiste, il doit y a une coquille dans le raisonnement quelque part. Et bien, s'il en est une, je ne l'ai pas trouvée. Une hypothèse suggérée vaut la peine d'être mentionnée. Se pourrait-il être que la plupart des époux sont lointainement reliés plusieurs fois, et que ces rapports multiples réduisent ensemble le nombre exigé d'ancêtres de manière significative ?. Une idée intéressante, mais qui ne fonctionne pas, comme je l'illustrerai en mentionnant l'arbre remarquable de mon arrière grand-mère Margaret Pears née Philipson. Ce qui était remarquable était que ses deux parents, et trois de ses grand-parents étaient également nés avec le nom de famille Philipson. Ses grand-pères paternels étaient des cousins germains et ses parents étaient tous les deux des cousins sous-sous germains et des cousins issus de germains. Il ne doit pas y avoir beaucoup de gens dont les ancêtres étaient plus en corrélation que Margaret, pourtant l'effet "net" de son ascendance très compliqué est pratiquement identique au cas de mariages simples entre cousins sous-germains ("pratiquement" parce que le concept de génération se rompt dès qu'il y a des mariages inter-génération). Même si chacun avait une ascendance comme Margaret, ma proposition serait toujours valide, mais elle s'appliquerait à l'an 1100 environ au lieu de l'an 1300.

Comme confirmation définitive, regardons le problème à l'autre extrémité. Au lieu de se demander combien d'ancêtres nous devrions avoir, demandons-nous combien un citoyen typique de l'an 1300 pourrait avoir de descendants aujourd'hui. Comme taille de famille, j'emploierai la moyenne actuelle de 2.2, bien que ce soit certainement une sous-estimation pour toutes les générations d'avant les 60 dernières années. Combien de descendants aurait-il aujourd'hui si ses enfants, petits-enfants et ainsi de suite pour 23 générations avaient tous eu 2.2 enfants ? La réponse: 75.114.133 personnes à la génération 23, plus naturellement les survivants des générations 21 et 22. En d'autres termes, nous tous - avec quelques surplus pour les colonies. Ce qui s'applique à mon "citoyen typique", s'applique également à n'importe qui vivant en l'an 1300.

Peut-être devrions-nous tous mettre quelques livres d'histoire d'Angleterre à nos documents d'histoire familiale, puisque chaque évenement et chacun personne qui y figurent, au moins jusqu'au règne du premier Edouard, sera tout autant une partie de notre histoire familiale que la dernère volonté et le testament de l'arrière grand-père.
Les conséquences sont assez bouleversantes. J'ai dit plus haut que nous devons notre existence même à chacun de ancêtres. Pensez juste ce qui se serait produit si seulement un soldat de plus était mort dans une certaine bataille antique ou si un certain Viking avait choisi de piller un peu plus longtemps au lieu de violer, ou même si quelqu'un quelque part avait décidé d'avoir une migraine de plus !

© Brian Pears 1985, 1997, 1998, 2006 Je voudrais remercier mes anciens collègues, M. Len Hudson et M. John Proud, de vérifier respectivement les chiffres et fait l'illustration. En outre mon cousin germain deux fois décalé, défunt M. William Nicholas Philipson, qui a effectué une grande partie du travail sur le pedigree de Philipson, et mon troisième cousin, Mlle Ann Lee, pour l'utilisation de son ordinateur - il était bien mieux que le mien !.

Paradoxe revisité