Avant Propos

Un article de Ghezibde: le wiki des Flandres occidentales et des Ardennes.

L'antériorité de la langue orale sur la langue écrite étant indéniable, puisque le seul terme de "langue", en tant qu'organe de la parole se suffit à lui-même pour justifier notre point de vue, il nous semble tout à fait logique, d'autant plus qu'il s'agit ici d'une étude synchronique d'un dialecte flamand dont nous prenons un "instantané" phonétique et phonologique de son "oralité", de placer la transcription phonétique avant la transcription graphique. La première déterminant la seconde.
Cette manière de procéder exclut tout jugement préalable de valeur phonologique, syntaxique, morphologique ou orthographique.
Le linguiste ne peut s'embarrasser de considérations subjectives guidées par des intérêts d'ordre sociologique, politique, utilitaire ou de préséance linguistique. Il se contente, en toute humilité, car l'erreur est ici d'autant plus facile que le champ d'activité est très vaste, de décrire une langue orale dans l'état où elle se trouve au moment où il en aborde l'étude.

Langue de communication et de communion, le flamand privilégie l'oral sur l'écrit. Les Flamands aiment parler pour le plaisir de parler. Leurs propos fleurissent de jeux de mots pour le seul plaisir de l'oreille.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, "on ne parle pas comme on écrit". Une des caractéristiques fondamentales de toute langue est la cohabitation en son sein de deux langues ou niveaux de langue parallèles, l'une écrite, l'autre orale.
Aussi intéressante que puisse être l'étude de la première, sous sa forme moderne, c'est à dire le néerlandais, notre seul propos de ce cours est de présenter la seconde, parce que c'est la seul forme que des gens simples comme nos parents comprennent et utilisent quotidiennement. D'où le titre de cet ouvrage :

Het vlaams dan men oudders klappen
(le flamand que parlent mes parents)

Des mots tels que Hercules ou Weldender sont exclus de leur vocabulaire quotidien. Cela signifient-il que le champ lexical qui est le leur est très pauvre ou insuffisant pour appréhender et exprimer la réalité quotidienne ? Pas du tout.
Si le flamand "littéraire", la langue savante de l'intellectuel ou du lettré, nous propose Hercules pour Hercule, le flamand populaire, moins savant mais plus imagé nous proposera Een streuschen veint ou mieux encore Een boom van een veint.
Au terme Weldoender qui signifie Bienfaiteur, le flamand populaire préférera des tournures telles que Hen het assan wel edaen mit de schamel menschen. ou Ze hen mit dien jougen assan wel edaen. ou encore Hen het over de prochie assan edaen mit iederen.
Le dialecte flamand est donc la langue des périphrases, des métaphores, du contenu sémantique du mot savant, délayé, explicité par plusieurs mots souvent concrets, qui favorisent la visualisation des choses et des concepts parce qu'ils "collent" davantage à la vie quotidienne et la réalité physique qui nous entoure.
Le cours que nous présentons donc dans ce manuel est une étude synchronique du dialecte flamand tel qu'il est parlé dans les Flandres françaises et en particulier sur le littoral; terme dans lequel nous pensons pouvoir, dans une certaine mesuer, inclure certaines zones belges limitrophes de la France.
L'immensité de la tâche ne nous a pas permis de faire une étude exhaustive de cette langue; une vie entière n'y suffirait pas; mais nous nous sommes efforcés d'en présenter à votre appréciation critique les structures de base, avec une graphie aussi cohérente que possible.
Notre effort vise à offrir aux étudiants et aux pédagogues un instrument qui ne sépare pas la pratique de la théorie : seule une formation théorique et méthodologique peut fonder et justifier l'emploi de techniques pertinentes et susceptibles d'évoluer.

Dans cette première étape certains problèmes ne seront donc pas résolus avec la rigueur que nous aurions souhaitée. Certains nous jugerons timorés, d'autres provocants. Mais quiconque a réfléchi aux problèmes que pose la mise en place d'une structure graphique cohérente, susceptible de résoudre la quasi-totalité des phénomènes phonologiques qui sous-tendent une langue, sait combien cet objectif est ambitieux; objectif qui ne fut d'ailleurs jamais atteint, même en français et qui ne le sera sans doute jamais, étant donné le caractère évolutif de toute langue "vivante".
L'originalité de notre entreprise réside donc peut-être davantage dans le désir de stimuler la discution critique que celui de figer les problèmes.
Aussi les remarques et suggestions des utilisateurs de notre cours seront-elles acceueillies avec reconnaissance.\\ L'ensemble des exercices d'exploitation grammaticale du cours sera enregistré sur cassettes grâce auquelles vous pourrez écouter chez vous la correction sous forme éclatée avec des "blancs" qui vous permettront de répondre vous-même avant d'écouter la réponse modèle.

Il nous reste à remplir l'agréable devoir de remercier Mme Collache Maryse, Présidente de l'Association "Het Reuzekoor" dont l'aide et la tenacité ont permis la publication de cet ouvrage. Notre aussi à M. le Professeur Saint Martin Louis, dont les conseils, les encouragements et les notes nous ont été très précieux, ainsi que Mlle le Professeur VERSTAEVEL Colette, notre ancienne élève qui a pris en charge le cours de première Année.

Enfin nous ne saurions oublier d'adresser également nos remerciements aux nombreux auditeurs qui ont suivi nos cours et qui par leurs remarques judicieuses et pour certains leur qualité de Flamandophone, ont permis d'apporter de notables améliorations à la réalisation de cet ouvrage, et en particulier : Deboudt Aline, Labaere Jeanne, Maertens Pierre, Handschoewerker Andrée.

Marteel Jean-Louis
Professeur agrégé de l'université,
chargé de cours à l'université du Littoral